Études longues : est-ce encore un modèle adapté à la génération actuelle ?

Études longues : est-ce encore un modèle adapté à la génération actuelle ?

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Faire des études a longtemps été présenté comme la voie la plus sûre vers un avenir stable. Mais aujourd’hui, ce modèle se fissure. Explosion du nombre d’étudiants, inégalités sociales persistantes, bouleversements liés à l’intelligence artificielle, montée en puissance des parcours professionnalisants : le diplôme ne protège plus comme avant. Alors, à quoi servent encore les études, et comment choisir son parcours dans un monde où les certitudes ont disparu ?

La démocratisation des études a changé la valeur du diplôme

Quand le diplôme cesse d’être une promesse

L’enseignement supérieur s’est démocratisé. Beaucoup plus d’élèves font des études aujourd’hui, y compris des études longues. En 2013, on comptait 2,43 millions d’étudiants, soit huit fois plus qu’en 1960. Aujourd’hui, un peu plus de six étudiants sur dix sont inscrits à l’université. Ces chiffres, issus des données du ministère de l’Enseignement supérieur, montrent à quel point les études sont devenues la norme plutôt que l’exception. Désormais beaucoup plus de profils compétents sur le plan théorique se retrouvent sur le marché du travail. Pendant longtemps, le diplôme fonctionnait comme un filtre fort. Il signalait une rareté, une sélection. Aujourd’hui, il signale surtout une conformité. Tu as suivi le parcours attendu. Tu as fait ce qu’il fallait faire. Mais ça ne te distingue plus vraiment. Le problème n’est pas que les jeunes seraient trop diplômés, mais, c’est que le système a continué à vendre le diplôme comme une assurance, alors que sa fonction a profondément changé. Le niveau monte, les tests d’entrée, entretiens et exercices s’intensifient, durcissant malgré tout l’entrée dans les études, sans réelle perspective de carrière. La structure du marché du travail reste pourtant très hiérarchisée. Tout le monde ne peut pas accéder aux mêmes positions, même avec le même niveau d’études.

Malgré cette augmentation, l’école continue de favoriser très largement la reproduction sociale. La démocratisation de l’accès aux études ne signifie pas une démocratisation réelle de l’accès aux formations les plus valorisées. Les chiffres issus d’un rapport publié en janvier 2021 par l’Institut des politiques publiques sont clairs. En 2016-2017, les étudiants issus de catégories socio-professionnelles très favorisées représentaient 64 % des effectifs des grandes écoles, alors que les étudiants issus de catégories défavorisées n’y représentaient que 9 %. Plus on monte dans la hiérarchie des formations, plus le tri social se renforce. Ce décalage crée un clash entre le niveau exigé pour intégrer ces formations et les perspectives réelles en sortie d’études. Le diplôme promet une ascension, mais l’accès aux positions les plus valorisées reste réservé à une minorité, souvent déjà dotée des bons codes et des bons réseaux. On peut être diplômé, compétent, investi et se retrouver malgré tout dans des situations professionnelles instables, mal rémunérées ou peu reconnues. Les débuts de carrière sont de plus en plus marqués par les stages à répétition, les CDD, les périodes de recherche. Plus les études sont longues, plus le décalage entre l’investissement et la réalité vécue peut être violent. Le diplôme retarde parfois l’entrée dans la vie professionnelle sans la sécuriser davantage.

L’ère de l’IA remet en cause ce que les études valorisent vraiment

Depuis la mise en service de ChatGPT et des outils d’intelligence artificielle générative, une partie des critères traditionnels de sélection est remise en question. Produire un texte, analyser des données, coder, synthétiser : tout cela peut désormais être fait très rapidement par une machine. Avec tout ce savoir à portée de clic, la question n’est plus simplement de savoir, mais de savoir quoi faire de ce savoir. Les études restent encore largement organisées autour de l’accumulation et de la restitution de connaissances.

Les qualités à mettre en avant seront désormais plutôt axées sur l’esprit critique, la capacité d’analyse, le discernement, la créativité, mais ces qualités restent difficiles à enseigner, à évaluer et à valoriser dans les parcours académiques. Le risque est de former des profils très compétents sur des tâches que l’IA maîtrise déjà, sans suffisamment développer ce qui fait encore la spécificité humaine. L’IA n’est pas la cause du problème, mais elle en est le révélateur. Dans Ne faites plus d’études, Laurent Alexandre et Olivier Babeau affirment que les études supérieures, telles qu’elles existent aujourd’hui, ne préparent plus au monde qui existera dans le futur. Non pas parce que se former serait inutile, mais parce que le modèle reste pensé pour des carrières stables et continues. La réalité est faite de ruptures, de reconversions, d’incertitudes. Et pourtant, la formation continue de fonctionner comme si le diplôme devait structurer toute une vie professionnelle.

« L’Humanité est en train de vivre la révolution la plus rapide et la plus radicale de son histoire. »

Études longues, parcours professionnalisants : vers un nouveau rapport aux études

La remise en question du tout-académique

Face à ces constats, la question n’est plus de savoir s’il faut faire des études, mais lesquelles et pour quoi. Le modèle des études longues, très théoriques, est de plus en plus interrogé, notamment quand il débouche sur peu de perspectives concrètes. On observe un regain d’intérêt pour les formations professionnalisantes et l’alternance. Non pas par rejet des études, mais par recherche de sens, de concret et de sécurité relative. Une étude de la DEPP montre que le taux d’inscription dans l’enseignement supérieur des bacheliers professionnels est passé d’environ 19 % en 2000 à 37 % en 2015, puis à environ 40 % en 2020.

Peut-être assistera-t-on à une revalorisation des métiers manuels, techniques ou de terrain. Des métiers longtemps dévalorisés, mais qui résistent mieux à l’automatisation et reposent sur des compétences difficilement remplaçables. Peut-être aussi que les qualités profondément humaines, l’adaptation, la relation à l’autre, la responsabilité et la créativité, finiront par être reconnues autrement que comme de simples soft skills. Faire des études ne garantit plus un avenir. Mais ne pas en faire n’en garantit pas un non plus. Le diplôme reste un outil, parfois indispensable, mais il n’est plus une promesse automatique. Faire des études, aujourd’hui, c’est accepter un pari. Un pari sur un monde incertain et sur la capacité à s’adapter. Peut-être que le vrai changement, c’est justement d’arrêter de présenter les études comme une assurance, et de commencer à les penser comme un moyen parmi d’autres de construire son avenir.

FAQ : Études longues : est-ce encore un modèle adapté à la génération actuelle ?

Est-ce qu’un diplôme reste indispensable pour trouver un travail aujourd’hui ?

Dans beaucoup de secteurs, le diplôme reste une condition d’entrée. Mais il ne suffit plus à garantir une insertion stable ou rapide. Les recruteurs regardent de plus en plus l’expérience, les compétences concrètes et la capacité à s’adapter, au-delà du niveau d’études.

Pourquoi a-t-on l’impression que les diplômes valent moins qu’avant ?

Parce que le nombre de diplômés a fortement augmenté. Quand l’accès aux études devient quasi généralisé, le diplôme perd son caractère distinctif. Il devient un minimum requis plutôt qu’un avantage décisif.

Les études longues sont-elles encore un bon choix aujourd’hui ?

Elles peuvent l’être, mais seulement si elles correspondent à un projet clair. Sans débouchés identifiés ou sans expérience en parallèle, des études longues peuvent retarder l’entrée dans la vie professionnelle sans réellement la sécuriser.

L’intelligence artificielle va-t-elle rendre certains diplômes inutiles ?

L’IA ne rend pas les diplômes inutiles, mais elle remet en cause les compétences qu’ils valorisent. Les connaissances théoriques seules comptent moins que la capacité à analyser, à faire des choix et à utiliser intelligemment ces outils.

Les filières professionnelles sont-elles une vraie alternative ?

Oui, de plus en plus. Les parcours professionnalisants, l’alternance et les métiers techniques offrent souvent une insertion plus rapide et reposent sur des compétences difficiles à automatiser. Ils ne sont plus des choix “par défaut”.

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